MÉMOIRE

Entre peinture et architecture

taille des matrices : 12 x 12 cm,    total de 22 matrices,

Aquatinte, 2019,
Imprimées aux éditions R.L.D.

Diaporama (de gauche à droite)

Thomas Huber, La Frise rouge I, 2013
Blaise Drummond, G.R.U.L, 2007
Yves Belorgey, La Mémé, 2012-2013
Dean Monogenis, Bless This Mess
Farah Atassi, Bathroom II, 2010
Peter Halley, Fan, 2016

Le sujet de mon mémoire trouve son origine dans ma pratique personnelle. C'est-à-dire les relations possibles entre œuvres architecturales et picturales. Le contexte est simple, j'ai démarré il y a une dizaine d'années un travail expérimental et manuel de l'image par la peinture et l'estampe alimenté par la visite d'expositions. En 2014, au travers d'un voyage à Berlin, j'ai développé une obsession pour le minimalisme de l'architecture brutaliste. J'ai alors entamé une étude d'architecture monumentale, parfois autoritaire ou totalitaire. D'une simple expression du réel par la couleur, j'en suis venu à comprendre comment une œuvre bâtie prend corps dans l'espace, le déforme. Il m'a semblé nécessaire d'accompagner cet ouvrage théorique par les procédés techniques qui m'ont été enseignés ci, à l'école d'art d'Angers.Le statut de ces gravures n'est pas assez clair. Je me permet de préciser maintenant qu'à mon avis, elles font œuvre. Évidemment, elles accompagnent la recherche théorique, c'est leur fonction. Et pour cela, chaque image utilisée est à l'origine, l’œuvre d'un autre. Néanmoins pour apporter une cohérence à ce regroupement d'images, je les ai traduites.Je les ai déformé par la trame, par l'usage exclusif de niveaux de gris, par les contraintes techniques. J'ai donc apporté une subjectivité qui m'est propre. Ainsi je fais œuvre, je re-crée comme pourrait le dire Vasarely. Comment incorporer les caractéristiques de la peinture à l'architecture ? Comment l'architecture influencent-elles la peinture ? J'évoquais le statut des gravures. Celui du recueil de textes est important aussi. Évidemment j'en suis l'auteur. Il est le mémoire de mes recherches. Celles-ci s'imprègnent du travail de bon nombre d'autrices et d'auteurs (notamment, le terrain des avants-gardes est déjà très balisé). Ainsi, mon mémoire ne fait pas livre, je ne pense jamais le publier.

J'ai commencé à écrire sérieusement lors de ma quatrième année à propos des « ismes »  soviétiques. J'ai dressé synthétiquement les réponses apportées à ma problématique pendant l'Antiquité et la Renaissance italienne. Une trame chronologique se manifeste. L'année 1918 se démarque. Au cœur de l'actuelle Russie sont introduites les considérations modernistes par notamment la prise de poste de Malévitch à l'école d'art de Vitbesk suite la révolution d'octobre. 1918, c'est aussi la parution de la première revue du Stijl.

J'ai laissé se dessiner une seconde partie affectée par des concepts ancrés au sein du travail de mes contemporains, d'abord au travers du travail de Cécile Bart ou de Felice Varini pour ne citer qu'eux. Je me suis intéressé à l'incorporation de formes picturales à l'espace architecturale. Puis j'ai découvert Frank Lloyd Wright. Mais je ne pouvais l'incorporer franchement à cette étude, il  sortait du cadre temporel imposé plus tôt et je ne trouvais chez lui aucune considération particulière pour la picturalité. Je me suis intéressé à la façon dont il incorpore harmonieusement l'architecture à son milieu tout comme les architectes actuels liés au régionalisme critique. Lors d'une visite au musée d'art de Nantes, je perçois une peinture de Blaise Drummond et par elle sa pensée critique autour de la modernité architecturale. J'ai pu dès lors initier la rédaction du second chapitre de cette partie. Celle-ci fût entretenue par la découverte de la relation entre Yves Belorgey et Simone et Lucien Kroll puis par une réflexion sur l'objet manufacturé en ruine. À ce stade, le plan du livre s'éclaircissait. Un introduction par des idées antérieures à 1918  précède une étude de la modernité suivie d'une réflexion plus actuelle mais nettement influencée par cette dernière. De nombreux·ses artistes modernes tel·le·s Popova ou Malévitch ont  ardemment travaillé à partager leurs idées au travers du théâtre. Puis le cinéma est inventé, un travail de la lumière et du mouvement. Ils permettent à l'architecture, à l'image d'être habitées.

Cette édition ne marque pas la fin de mes recherches. Pour approfondir cette étude, je souhaite m'intéresser plus précisément aux artistes de l'avant-garde américaine du 20è siècle. Je pense notamment à Sol Lewitt ou Frank Stella. Il me faut aussi m'inscrire plus profondément dans le champs de l'art contemporain, peut être par l'étude d'artistes comme David Diao. Il me faut aussi, par une pratique plastique ou écrite, mettre en lumière les modes d'incorporation, d'hybridation de la peinture à l'architecture. Dans cette pratique, je souhaite m'approprier les outils numériques et ce motif omniprésent, cet ornement fondamental : le pixel. Étroitement lié aux considérations esthétiques de la modernité, il offre une approche contemporaine d'une élémentarisation du réel par une forme simple puis par un système de grille et de multiplicité.